Reims MS : les apprentis, des étudiants et des professionnels comme les autres ?
A l’occasion des 10 ans de l’apprentissage à Sup de Co Reims, Reims Management School dévoile les résultats d’une étude inédite en France, réalisée auprès des diplômés des dix dernières promotions de l’école. La restitution des résultats et la table-ronde qui a suivi permettent de mieux connaître les apprentis des grandes écoles, de revenir sur certains idées reçues en découvrant les avantages d’une formation de haut niveau suivie par la voie de l’apprentissage, mais aussi d’identifier quelques pistes d’améliorations.
Les apprentis sont-ils des étudiants comme les autres ?
Selon l’étude, la réponse est « oui ». Le parcours en apprentissage mis en place à Sup de Co Reims repose sur les mêmes exigences académiques que celles appliquées aux autres étudiants. Les apprentis ne bénéficient d'aucun système de décharge de cours et sont soumis à la même obligation d'expérience à l'étranger. Ils sont dans les mêmes classes et suivent les mêmes cours que les jeunes en cursus non alterné. Les apprentis entrent à Sup de Co Reims, en proportion, par les mêmes voies de concours que les non-apprentis (classes préparatoires, concours Tremplin 1 à l'issue d'un bac+2, concours Tremplin 2 à l'issue d'un bac+3 ou +4). Il n'existe pas de différence significative entre les notes qu'ils obtiennent au concours d'entrée et au diplôme de fin d'études, et celles des autres étudiants.
Les témoignages recueillis lors de la table-ronde ont enrichi ces résultats :
Marie-Noëlle Koebel, Directeur Délégué de Sup de Co Reims, observe les apprentis en cours : « Leur comportement est déjà professionnel, et les questions qu’ils posent, beaucoup plus précises et concrètes. Dans une salle de classe, on distingue immédiatement un apprenti d’un autre étudiant. ».
Ont également été pointées les questions de l’aménagement de l’emploi du temps et de la conjugaison de rythmes de vie différents, selon les périodes à l’école et dans l’entreprise.
Des étudiants comme les autres ? « Oui et non », selon Laurent Valensi, apprenti diplômé 2006 en poste chez Ernst & Young. « Il faut savoir jongler entre les périodes en entreprise et à l’école pour s’adapter. Cela nécessite une bonne organisation. ». Le rythme de l’alternance est un facteur décisif : les rythmes plus longs (3 mois à l’école / 3 mois dans l’entreprise) favorisent une meilleure organisation que les rythmes courts (3 semaines / 3 semaines). A Sup de Co Reims, les apprentis ont le choix : ils construisent eux-mêmes leur cursus et choisissent le rythme de leur alternance.
Marie-Noëlle Koebel signale que « Le rôle de l’école est de rappeler à l’apprenti qu’il est encore un étudiant, et qu’il le reste jusqu’à l’obtention de son diplôme. Certains, passionnés par leurs missions dans l’entreprise, ont parfois tendance à l’oublier ! ».
Plusieurs questions dans l’assemblée ont porté sur la possibilité de conjuguer apprentissage et expérience internationale. Laurent Valensi a réalisé une partie de son apprentissage au Mexique. Pour Isabelle Tracq, Associée Ernst & Young, tout est question d’anticipation : « Il faut que l’apprenti explique son projet en amont, et tout est possible. ». Chez Ernst & Young, on recrute des apprentis depuis longtemps. « Depuis 10 ans, nous avons recruté 48 apprentis à Sup de Co Reims. 14 sont encore parmi nous. ». Chez HP, l’expérience est plus récente. Pierre-Yves Tilly, DRH France HP : « Nous n’avons pas encore confié de missions basées à l’international à des apprentis. Mais on peut travailler à l’international, et être en contact quotidien avec des clients ou des collaborateurs étrangers, en occupant un poste basé en France ! ».
Les anciens apprentis sont-ils des professionnels comme les autres ?
Oui...
L’étude montre que le fait d'être passé par l'apprentissage ou non ne ressort pas comme un élément distinctif de la façon dont un individu issu d'une grande école se positionne par rapport à la carrière. Etre ou non un ancien apprenti n'a pas de lien significatif avec le nombre d'emplois occupés, avec le statut d'emploi actuel, avec le salaire, avec les fonctions occupées ou encore avec la taille de l'entreprise dans laquelle la personne travaille.
Les anciens apprentis de Sup de Co Reims sont autant représentés que les autres diplômés dans le secteur des activités financières qui emploie de nombreux étudiants de Sup de Co Reims. Ils sont en revanche sur-représentés dans l'immobilier, l'hôtellerie-restauration et les transports, et moins présents dans la construction, le commerce, la santé et l'industrie manufacturière.
Et non...
Les discussions de la table-ronde ont permis de pointer le rôle d’accélérateur en début de carrière. Naziha Ades, diplômée apprentie 2008 en poste chez IBM, considère son apprentissage comme « une vraie expérience professionnelle, une première marche vers un CDI. ». Pour Isabelle Tracq : « Les apprentis sont des professionnels comme les autres, mais avec un ou deux ans d’avance. ». Pierre-Yves Tilly partage cet avis, et pointe l’importance du contrat de travail : « La fiche de paie que l’apprenti reçoit à la fin du mois fait de lui un salarié à part entière. Dans le contrat d’apprentissage, les deux partis sont davantage impliqués et concernés que dans le cadre d’un stage ou d’une année de césure. L’apprentissage joue un rôle dans la sécurisation des parcours professionnels. ». HP souhaite d’ailleurs rééquilibrer la part d’apprentis dans son recrutement, par rapport à celle des stagiaires. 60 apprentis recrutés en 2007, contre seulement 17 en 2006. Pierre-Yves Tilly nuance néanmoins « Après 4 ou 5 ans, apprenti ou pas, c’est le talent individuel et les compétences qui comptent. ».
L’apprentissage pour financer les études : un levier pour l’égalité des chances ?
Les apprentis bénéficient d'une exonération des frais de scolarité : 8 000 euros par an. Ils perçoivent une rémunération au moins égale à 61% du Smic - environ 780 euros bruts - la première année et à 78% - environ 1 000 euros - la seconde. Dans les grandes entreprises, les rémunérations sont souvent supérieures, et les apprentis perçoivent des primes d’intéressement, au même titre que les autres entreprises. Le discours politique, qui promeut l’apprentissage comme levier pour l’égalité des chances dans l’accès à des études coûteuses, est-il validé par l’étude ?
Oui...
L’étude montre que la proportion d'anciens boursiers est plus importante chez les ex-apprentis : 12,5%, contre 6,5% chez les non apprentis. Les apprentis ont plus souvent recours à un emprunt pour financer leurs études: c'est le cas pour près de quatre diplômés-apprentis sur dix (38,8%), contre trois sur dix pour les autres diplômés (31,3%). Le recours à l'emprunt serait donc utilisé par des étudiants en quête de financement, qu'il s'agisse de palier le manque de ressources de leurs parents ou d'affirmer leur volonté d'autonomisation financière. S'il n'y a pas de différence entre les hommes et femmes dans le choix de la voie de l'apprentissage, les apprentis sont relativement plus nombreux que les autres, et ce de façon significative, à être enfant d'ouvrier, et dans une moindre mesure, enfant d'agriculteur. Deux tiers des anciens élèves fils d’ouvrier ont suivi leurs études en apprentissage.
Naziha Ades a financé sa première année d’études par des petits boulots. « Le fait d’avoir pu suivre les 2ème et 3ème années de Sup de Co Reims en apprentissage m’a permis à coup sûr d’éviter d’avoir recours à un emprunt. L’apprentissage m’a aussi permis de ne plus être dépendante de ma famille d’un point de vue financier ».
Mais...
Parmi les personnes interrogées dans l’étude, 47,5% affirment que la raison principale de l'emprunt découle du besoin de financer les études. Mais une proportion quasi équivalente (45%) cite en priorité le projet d'acquérir une expérience professionnelle avant l'entrée sur le marché du travail.
Laurent Valensi témoigne de cette dualité entre avantages financiers et professionnalisation pour motiver son choix de suivre une formation en apprentissage. Pour lui, « C’est du 50 - 50 ».
Selon les auteurs de l'étude, ces résultats tendraient à démontrer que le dispositif de l'apprentissage peut ne pas suffire en tant que tel pour financer l'ensemble des coûts associés à la poursuite d'études supérieures dans une grande école de commerce.
L'enquête met par ailleurs en évidence le rôle de socialisation professionnelle que peut favoriser le passage par l'apprentissage pour les jeunes ne disposant pas d'un réseau social par le biais de leur famille.
Des questions et des pistes d’améliorations...
Isabelle Tracq pointe le problème du double logement qui se pose à l’étudiant lorsqu’il effectue son apprentissage dans une entreprise éloignée de son école. En particulier lors d’un rythme d’alternance court. La solution reste pour l’instant le système D.
Pierre-Yves Tilly signale le rattachement du salaire de l’apprenti au foyer fiscal de ses parents. A ce jour, il n’existe pas d’exonération fiscale accordée à l’apprenti ou à ses parents.
Légalement, l’apprentissage ne concerne que les étudiants détenteurs d’une nationalité de la communauté européenne. Les étudiants extracommunautaires n’y ont pas accès.
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20/03/2008