Rapport du Sénat sur la diversité sociale dans les CPGE

 06/10/2007

Si les grandes écoles n’ont pas le monopole de la formation des élites dans notre pays, du moins occupent-elles une part majeure dans ce processus. Les classes préparatoires ne constituent pas la voie exclusive pour y accéder, mais la principale et la plus prestigieuse.

Or, la faible diversité de l’origine sociale de leurs étudiants est préoccupante. Elle traduit une panne de l’« ascenseur social » et suscite une forme de reproduction des élites. Cette situation est préjudiciable à la fois pour les jeunes issus de milieux non initiés aux méandres de notre système éducatif, pour les grandes écoles - il existe plus de 200 écoles d’ingénieurs et autant d’écoles de gestion - qui ont pour mission de former nombre des futurs cadres dirigeants de notre pays, et pour les entreprises qui ne trouvent plus au sein du vivier des jeunes diplômés la diversité des talents et des personnalités qu’elles souhaitent recruter.

La mission d’information de la commission des affaires culturelles du Sénat a procédé à une quarantaine d’auditions et à 4 déplacements sur le terrain : à l’Institut d’études politiques de Paris, en Seine-et-Marne, dans le Nord - à Cambrai et Lille - puis dans le Calvados, près de Caen.

Son rapport dresse un état des lieux approfondi, étudie les initiatives et expérimentations qui ont « fleuri » ces dernières années en vue de remédier à cette situation, et avance des propositions pour répondre à ce problème majeur pour notre société.

La mission a ainsi pu prendre la mesure des freins qui persistent pour l’accès aux classes préparatoires et aux grandes écoles. En effet, elle a constaté :

  • un phénomène d’autocensure, d’ordre à la fois socioculturel et psychologique, qui renvoie notamment aux défaillances de notre système d’information et d’orientation ;
  • des handicaps financiers (logement, frais d’inscription aux concours, coût des études, travail salarié peu compatible...) ;
  • des inégalités territoriales d’accès aux classes prépas, qui se conjuguent, bien souvent, aux inégalités sociales ou culturelles. Elles ne concernent pas seulement les banlieues difficiles, mais également les zones rurales enclavées ou les zones industrielles en reconversion.

Une porte d’entrée étroite

  • 5 % des élèves entrés en 6è accèdent aux grandes écoles ;
  • 9 % des bacheliers généraux et technologiques d’une génération intègrent une classe préparatoire ; c’est le cas de près de 20 % des bacheliers scientifiques et d’1 % des bacheliers technologiques ;
  • paradoxalement, on compte environ 4 000 places vacantes en 1ère année, soit moins de 10 % du potentiel d’accueil ; des places sont également non pourvues dans un certain nombre de grandes écoles.

Massification et démocratisation : progrès et limites

  • dans les années 1970, un enfant d’ouvrier avait 28 fois moins de chances qu’un enfant de cadre supérieur d’accéder à l’enseignement supérieur ; il en a 7 fois moins aujourd’hui ;
  • toutefois, la probabilité, pour un enfant d’enseignant ou de cadre supérieur, d’entrer dans une grande école est encore de 20 points supérieure à celle d’un enfant d’ouvrier, et de 15 points supérieure à celle d’un jeune issu de milieu intermédiaire ; une étude relève une interruption de la démocratisation de l’accès aux grandes écoles à partir des années 1980, alors qu’en parallèle l’université continuait à se démocratiser ;
  • selon une étude de 1995 ciblée sur quatre grandes écoles prestigieuses, 29 % des élèves étaient d’origine populaire au début des années 1950, 9 % quarante ans plus tard ; toutefois, rapporté aux évolutions de la structure sociale de la France, ce constat dissimule une stabilité, voire une très légère ouverture sociale.

La « colonne à distiller » agit déjà en amont

  • 43 % des enfants d’enseignants accèdent à un baccalauréat général scientifique, contre 6 % des enfants d’ouvriers non qualifiés ; or, 72 % des étudiants en classe prépas sont titulaires d’un bac S.

Un phénomène accentué en classes prépas

  • 30 % des bacheliers ayant obtenu une mention intègrent une classe prépa quand ils sont enfants d’enseignant ou de milieu supérieur, 12 % quand ils sont issus de milieu populaire ;
  • 54 % des étudiants en classes préparatoires sont issus de milieu favorisé ; c’est le cas de 41 % des étudiants en médecine, de 29 % en licence et de 16 % dans les sections de technicien supérieur.

Une exception : les classes prépas technologiques

  • 4 % seulement des élèves de classes prépas sont des bacheliers technologiques ; dans les classes qui les accueillent, 27 % des étudiants sont issus de milieu favorisé et 27 % de milieu défavorisé.

Des inégalités territoriales

  • 21 départements sont dépourvus de classe préparatoire publique ;
  • 1 étudiant en classe prépa sur trois est scolarisé en Ile-de-France, 18 % à Paris ;
  • si 16 % des lycées proposent une offre de classes prépas, c’est le cas de près du tiers des établissements considérés comme favorisés.

Télécharger au format pdfDiversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles (Rapport complet)

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